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Un mur gratuit entre les Etats-Unis et le Mexique

C’est l’une des promesses de campagne de Donald Trump, qui ne sera vraisemblablement pas tenue – mais le discours xénophobe ne s’embarrasse pas de véracité.

Rhétorique du mensonge
Trump base son discours sur l’immigration mexicaine sur un procédé simple : le mensonge.
Les onze millions de travailleurs latino-américains illégaux coûtent 113 milliards de dollars aux contribuables américains et en plus ils ont la sécurité sociale. Mensonge emprunté à un site d’extrême-droite. Les illégaux ne touchent rien.
Hillary Clinton voulait faire entrer 600 000 migrants de plus. Non, 60 000, et il s’agissait de réfugiés syriens et non de Mexicains.
Un mur de 3200 kilomètres séparera bientôt les deux états. Impossible à cause des obstacles naturels (déserts, chaînes de montagne) qui constituent au demeurant une entrave bien plus efficace qu’une palissade.
Les Latino-Américains prennent le travail de la « communauté noire » et des autres américains. Imposture : ils occupent des emplois non pourvus dans l’agriculture et les services, et ne sont en concurrence avec les Américains que dans des cas marginaux.
– Ce sont les Mexicains qui paieront le mur. Faux : Peña Nieto (président mexicain), pourtant pas très courageux face à Trump, a très clairement exprimé son refus. Don a alors dit qu’il ferait payer quand même en gelant les « remesas », ces mandats que les travailleurs mexicains envoient au pays, mais il n’a en fait pas la capacité de le faire. À noter : les Mexicains ont même détruit les portions du mur que les Américains avaient construites sur le territoire du Mexique.Lire la suite »

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L’Éducation Nationale au service public du Privé ?

On sait que le sujet de l’école privée est conflictuel. Mais au-delà de la polémique, il est utile de garder à l’esprit les données chiffrées d’une question qui révèle un enjeu politique majeur : quelle ambition d’émancipation sociale avons-nous pour notre système éducatif ?

Il est des sujets capables, en quelques minutes de transformer un repas de famille en remix moderne de Fort Alamo, avec bataille de choucroutes et jets de saucisses possibles en fonction des quantités de vin d’Alsace ingurgitées dans la phase d’observation initiale. On en connaît tous quelques-uns… pour les adeptes de « sport », il paraît que certaines saillies concernant les qualités ou défauts supposés d’équipes de foot, que mon ignorance m’interdit de nommer, peuvent amener de longues inimitiés. D’autres sujets nous guettent. La corrida pourra avantageusement animer un souper, ou bien, et ce n’est pas incompatible, l’annonce de conversion au véganisme d’un des invités à l’arrivée d’une côte de bœuf préalablement bien arrosée de Côte Rôtie, de Côte de Bourg ou de Blaye (à votre guise). Mais à n’en pas douter, un des sujets les plus propices à marquer nos antagonismes latents reste le débat sur « l’école libre » !

Le libellé est à lui seul un programme… une mise en bouche qui mérite sarcasme, car, jamais nous ne pourrons nous vanter, au contraire de certains de nos interlocuteurs putatifs, d’être d’ardents défenseurs de « l’École assujettie ou captive »… c’est moins tendance, moins qualitatif comme adjectif. En tout cas, un conseil avant de vous lancer dans le débat… veillez à votre propre sobriété et à celle de vos comparses, mieux vaut avoir les idées claires pour aller à cette conversation.

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Services publics locaux. Quels modes de gestion ? Quelles menaces ?

Les habitants de notre pays restent, à juste titre, très attachés au service public local essentiellement lié à l’échelon communal, l’échelon de proximité par excellence. Quelque soit leur mode de gestion, ces services sont menacés par les politiques austéritaires et libérales. Décryptage…

Les différents modes de gestion :
Les collectivités territoriales et donc les communes disposent de la liberté du choix du mode de gestion pour leurs services publics. Seules certaines missions ne peuvent être déléguées à une personne privée, à savoir les missions assurées par les communes au nom et pour le compte de l’État : état civil, élections, pouvoirs de police, de sécurité et d’hygiène.

Les services publics locaux tels la distribution de l’eau, l’accueil périscolaire, la restauration scolaire, l’accueil collectif de la petite enfance, les équipements culturels ou les services funéraires, etc., peuvent être gérés soit en régie directe, soit en concession ou délégation de service public (DSP), voire par des sociétés d’économie mixte ou sociétés publiques locales.

Le choix du mode de gestion des services publics locaux est souvent lié à des choix idéologiques mais pas toujours ; ainsi la ville de Nice a repris en gestion directe ses transports publics tout en construisant, comme Lille, un grand stade géré par le groupe Vinci dans le cadre d’un partenariat public-privé. Pas toujours possible donc de faire une lecture binaire : gauche = gestion publique, droite = gestion déléguée au secteur privé. D’autant que les grandes entreprises publiques par exemple dans le secteur du transport ont créé des filiales capitalistiques tel Keolis (filiale à 70% de la SNCF), RATP-Dev (100% RATP) et Transdev (60% Groupe Caisse des Dépôts) …

À Meaux, conquise par la droite et J. F. Copé depuis 1995, le mode de gestion de l’eau et de l’assainissement en régie par la ville mis en place par les socialistes n’a pas été remis en cause à ce jour. Qu’en sera-t-il au 1er janvier 2020 quand la Communauté d’Agglomération prendra automatiquement la compétence de par la loi NOTRe ? Notons que les contrats de DSP pour l’eau signés aujourd’hui sont négociés à des conditions beaucoup plus avantageuses pour les collectivités et sur des durées beaucoup plus courtes (8, 10 ou 12 ans alors qu’auparavant c’était bien souvent 20, 30, voire 50 ans)…Dans ce domaine où on parle souvent de “remunicipalisation“, Veolia, Suez-Environnement et Saur restent majoritairement présentes dans le cadre de DSP et même quand il y a eu une reprise en gestion directe, les collectivités ont recours massivement aux mêmes opérateurs dans le cadre de marché publics de prestations ou de fournitures.

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Lutte sociale et des syndicats en Bolivie

Les luttes sociales en Bolivie présentent deux particularités : elles s’appuient sur des structures traditionnelles datant de l’époque préhispanique, et elles ont en général un cadre institutionnel (n’oublions pas que le président, Evo Morales, est lui-même arrivé au pouvoir par le syndicalisme, et qu’il exerce toujours des responsabilités dans ce cadre)

Avancées sociales
La Bolivie va plutôt bien socialement depuis l’arrivée du MAS (Movimiento al socialismo) au pouvoir en 2006 : les salaires augmentent régulièrement et significativement, l’âge de la retraite a été baissé, les petits agriculteurs (majoritaires dans ce pays rural) reçoivent des aides très substantielles en matériel et en formation de la part de l’état. Ces progrès s’appuient en sur les syndicats et « communautés ».

Les « communautés » boliviennes
Elles sont aussi appelées ayllus, d’après un terme quechua (la langue des Incas). Elles sont un exemple de démocratie directe, et impliquent une possession communautaire (par ethnies ou par familles) des terres et des moyens de production. Les décisions concernant en particulier l’usage et la distribution des terres, ainsi que les voies de communication, mais aussi l’installation de dispensaires ou d’écoles, sont prises par l’ensemble de la communauté. Ce système, loin de péricliter comme dans d’autres pays andins, est favorisé par le pouvoir en place, et les ayllus sont regroupés au sein de la désormais puissante CONAMAQ, qui présente directement au gouvernement les revendications populaires.Lire la suite »

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La Commune de Paris : un phénomène historique violent, complexe, contradictoire et controversé

La guerre franco-allemande de 1870 se termine par le siège de Paris et la victoire des allemands qui défilent dans la capitale le 1er mars 1871. L’assemblée s’installe à Versailles, ville des rois de France et de la victoire allemande, véritable provocation à l’égard des parisiens. Thiers, chef du pouvoir exécutif signe les préliminaires de la Paix avec la perte de l’Alsace-Moselle et une indemnité de 5 milliards.

Le 18 mars, la tentative du gouvernement de Thiers de reprendre les deux-cent-vingt-sept canons de la garde nationale, achetés par souscription, échoue et aboutit à l’élection d’un Conseil Général de la Commune de Paris composé principalement de radicaux, de blanquistes, de socialistes et qui se considère comme le gouvernement légal du pays.

La Commune a un double caractère, à la fois patriotique et révolutionnaire, conséquence des rigueurs du siège, du froid et de la faim, mais aussi d’un sentiment de trahison et d’humiliation devant une défaite considérée comme imméritée.Lire la suite »

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Luttes de classes dans les campagnes briardes, 1906-1907

Comment imaginer aujourd’hui que les vastes champs et fermes de Brie furent le théâtre de luttes sociales de grande ampleur. C’était au début du siècle dernier.

Dans un ouvrage publié en 1971 et intitulé « Les luttes de classes dans les campagnes », Philippe Gratton, chercheur au CNRS, retrace le déroulement et analyse les conséquences des mouvements sociaux qui ont traversé la France agricole des années 1890-1910. La Seine-et-Marne fut l’un des foyers d’agitation important, le plus connu demeurant celui du Midi viticole.

Rappelons le contexte. Au tournant des XIXe et XXe siècles, la population des ouvriers de la terre en Seine-et-Marne est importante. Une statistique de 1892 dénombre, pour le seul département, 37 500 ouvriers et ouvrières agricoles, 18 591 journaliers et tâcherons et 16 800 domestiques (Gratton 1971, p. 245). Ces catégories sociales vivent misérablement. La pénibilité du travail est extrême : 20 heures de travail durant les moissons, et pas moins de 13 heures pour les domestiques durant toute l’année. Les logements sont malsains et les servitudes morales vis-à-vis des employeurs monnaie courante.

En mars 1906, une grève éclate chez les ouvriers agricoles. Elle se propage rapidement de Gonesse au canton de Claye-Souilly. Durant le mois de mai, ce sont les communes du plateau du Multien qui voient les employés des grandes exploitations (ouvriers, journaliers et tâcherons, domestiques) entrer dans le mouvement. Le mode opératoire de la grève est toujours le même : « cessation totale du travail, les meilleurs ouvriers vont trouver les patrons pour exposer les motifs du conflit […] durant les discussions d’autres ouvriers partent débaucher des camarades du village voisin » (Gratton 1971, p. 248). Après quelques jours de conflits, les ouvriers obtiennent généralement des résultats sur les salaires ou le temps de travail. Mais, ce qui est le plus spectaculaire à cette période est la structuration du mouvement syndical. Une rupture s’opère avec les soulèvements spontanés des années 1890. À l’instar de ce qui passe en France, les ouvriers agricoles se syndicalisent massivement. Dans les départements agricoles de la Brie (Seine-et-Marne, Aisne, Oise), la CGT compte 5 500 ouvriers agricoles dans ses rangs. Les grèves ont également des répercutions au sein des partis politiques de gauche. Des délégations d’ouvriers rencontrent les élus et leur font part de leurs revendications. Les réponses proposées divergent (plus ou moins d’interventionnisme de l’État, plus ou moins de spécificités reconnues à la question agricole).

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Féminisme et transformation sociale au Kurdistan

La situation géopolitique au Moyen-Orient est un élément fondamental pour comprendre les enjeux sur les migrations ou encore le développement du terrorisme. Si l’on a beaucoup parlé de la résistance kurde au moment du siège de la ville de Kobané par les terroristes de Daech, on a trop souvent passé sous silence qu’à la base de la lutte armée se trouve un projet de société démocratique dans lequel les femmes jouent un grand rôle. Car entre l’intégrisme religieux politique et les régimes autoritaires, une troisième voie démocratique et de transformation sociale existe : c’est notamment celle du Kurdistan, où l’expérimentation concrète d’une autre société se fait quotidiennement.

Le Mouvement des femmes kurdes s’est organisé au milieu des années 80 en Europe. La première action de sensibilisation des femmes à tous les niveaux de la société fut tout d’abord d’évaluer leur situation au sein des communautés, les discriminations auxquelles elles étaient confrontées et leur niveau social et politique, afin de pouvoir œuvrer à des projets aboutissant à leur émancipation sur le long terme. Les coutumes archaïques issues du féodalisme régnaient et règnent encore dans beaucoup d’endroits au Kurdistan. Cette première association joua un rôle important à son époque pour la prise de conscience des femmes kurdes concernant les problèmes de violence à leur égard sous toutes leurs formes. Pour cette mouvance, l’enjeu principal au sein de la société kurde consistait à déclencher une réflexion et une interrogation au sujet des relations du pouvoir patriarcal qui imprégnait toutes les classes sociales. Pour la première fois, les femmes avaient l’opportunité de déchiffrer ces codes de domination masculine sous tous ses angles, pour ensuite analyser et œuvrer à des stratégies pratiques visant à contrer ces approches par le biais d’organisations associatives, politiques et d’autodéfense.Lire la suite »