Le communautarisme est-il soluble dans l’École ?

TAP31_LeCommunautarisme_wDénoncé, interrogé, caressé dans le sens du poil…comme d’autres termes à la mode, le « concept » de communautarisme, s’il est fort invoqué, n’a que rarement la joie d’être défini avec clarté. Et c’est bien dommage, car se faisant il garde une ambiguïté initiale qui finit par se révéler dangereuse lorsque des journalistes et des politiques l’utilisent en le chargeant de mystères et de tous les maux !

Aussi faut-il savoir de quoi il est question. Et premier constat, la notion de communautarisme semble avoir une géographie sociale spécifique. En effet, à part quelques sociologues comme les Pinçon-Charlot, qui daignent parler de communautarisme lorsqu’il s’agit de décrire les us et coutumes qui, d’Auteuil à la villa Montmorency, en passant par le VIIIe, agrémentent la vie de nos richissimes élites ? La trilogie : École privée hyper select-vacances en yacht – revenu mensuel à 5 (voir 6) chiffres est une réalité aussi constituante d’un communautarisme réel que celle qui rime avec école – REP + shit à tous les étages – RMI… Pourtant, force est de constater que l’utilisation « traditionnelle » du mot ne concerne que la seconde.

À croire que le « communautarisme » se comporte comme une maladie latente qui ne se révèle que dans des conditions sociales, culturelles et financières spécifiques… qu’on appelle plus communément la pauvreté. Pourtant, lorsqu’on compare froidement l’enclavement géographique, l’existence de codes vestimentaires spécifiques, l’endogamie subie ou choisie, les comportements stéréotypés des deux communautarismes ci-dessus décrits, on pourrait trouver bien des points communs sujets à la caricature… à une différence notable : un groupe représente le pouvoir, l’autre est censé l’effrayer. C’est évidemment sur ce dernier que les feux des projecteurs se focalisent laissant loisir aux privilégiés de jouir voluptueusement du luxe dans lequel ils batifolent.

Seulement, parce que rien n’est simple, entre ces deux extrêmes sociaux, comme avec une poupée gigogne, un communautarisme peut en dissimuler d’autres. Derrière les apparences s’invitent aussi les questions raciales, ethniques et religieuses sans que l’on sache pertinemment dans quel ordre et de quelle façon se tisseront les liens.

Là encore, des frontières symboliques façonnent les réalités. Ainsi, les quartiers des ambassades recèlent de musulmans, noirs, jaunes, blancs, mais aussi de catholiques, de protestants déclinés dans un camaïeu de ces mêmes couleurs… sans que cela ne génère d’inquiétude. Dans ces bantoustans de richesse, les boutiques Dior accueillent à bras ouvert des femmes dont les tchadors sont des signes ostentatoires de pouvoir d’achat extravagant sans que personne ne trouve rien à redire. Seulement, dès que l’on s’éloigne de ces îlots d’opulence où la peur du lendemain n’existe pas, lorsqu’on rejoint l’autre extrême de l’échiquier social, les « quartiers », les zones sensibles, en traversant le territoire « médian » de la majorité qui observe, les choses ont tout de suite une autre résonance.

Ainsi, à Meaux comme ailleurs, si le communautarisme de la banlieue se conjugue au singulier de la classe sociale il se décline au pluriel des origines… et c’est au sein de cet imbroglio que se construisent des sentiments d’appartenance. Des sentiments d’appartenance, de grégarité pour exister, pour espérer ne pas faire partie des perdants d’une société de consommation qui vante la puissance, le cynisme et le pouvoir. Cela implique des codes, des règles qui s’émancipent parfois du bien commun. Cela s’accompagne de revendication, de rites, de provocations en direction des « autres », ceux qui géographiquement, socialement, religieusement, ethniquement seraient « différents ». Pas étonnant d’ailleurs que le pic d’affirmation coïncide avec l’adolescence… Instant rêvé pour affirmer son « moi », si possible en faisant chier le monde ou en effrayant cet « autre » qui sert à la cohérence du groupe. Un autre qui à son corps défendant sert de catalyseur à une communion restreinte à quelques-uns.

Le moins que l’on puisse dire est que cela fonctionne plutôt pas mal… surtout quand il s’agit à posteriori de trouver des explications au malaise sociétal qui s’est affiché après le drame des 7-8-9 janvier.

Oubliant le désenchantement social et les malaises qui sont le terreau de cette mise au ban, tout à coup, la France se souvient que la fraternité fait partie de la trilogie de sa devise et s’inquiète de voir certains ne plus y adhérer. Et comme à chaque fois dans ces moments-là, c’est à l’École que la société demande de recoller les morceaux, de refaire le lien. C’est beaucoup lui demander malgré tout… car même si cette dernière a évidemment un rôle à jouer dans la construction du « vivre-ensemble », il est illusoire de penser qu’à elle seule, à coup de leçons de morale, de journées de la laïcité, elle pourra avoir une chance de contrecarrer un malaise qui s’est enkysté profondément dans des zones de relégations où l’Éducation Nationale est le dernier service public encore debout… mais qui vacille.

Comment pourrait-elle effacer des années de politiques de la ville, des années de relégation sociale, quand en plus elle n’a pas les moyens d’offrir aux jeunes un cadre agréable de scolarité, avec des classes à effectifs réduits, avec des enseignants spécialisés, avec des psychologues, des assistantes sociales… Et quand bien même ces moyens seraient présents, il n’en demeurerait pas moins un hiatus ironique : créer une école fraternelle et citoyenne dans une société qui l’est de moins en moins, c’est s’aveugler en pensant que les jeunes sont stupides au point de ne pas y voir une colossale contradiction. Une école de l’émancipation dans une société qui voue un culte à l’argent, à la puissance, à la compétition est une aberration qui nous rappelle une fois de plus que l’École est avant tout un problème politique qui ne peut pas s’aborder indépendamment de tout le reste. Prétendre qu’elle pourrait « traiter » le communautarisme serait une nouvelle fois la rendre responsable à bon frais des maux dont elle est victime en exonérant les politiciens des conséquences de leurs choix, de leurs trahisons ou de leurs démissions. Bref ce serait lui faire une nouvelle fois porter un chapeau trop grand pour elle ! Mais a-t-elle encore la tête à ça

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