Casino mondial : La BCE joue son «Juncker»

Emmanuel Le Chypre précise sa pensée, sur BFM business…
Emmanuel Le Chypre précise sa pensée, sur BFM business…
Les lignes bougent en Europe.  Alors que les économistes découvrent avec stupeur les dégâts de la rigueur et que la Banque Centrale Européenne relâche soudainement les cordons de la bourse, la Grèce installe  au pouvoir une alternative politique bien décidée à ne plus courber l’échine. L’Espagne avance à grand pas et le Portugal frémit déjà….

La faute aux «PIGS»
Depuis 2009, la lecture de la situation économico-politique en Europe semblait limpide : les pays du Sud de l’Europe laissaient filer leurs déficits publics, assurés qu’ils trouveraient toujours de quoi se financer auprès de leurs partenaires de la zone euro. En d’autres termes, ils se la coulaient douce et vivaient aux crochets des pays besogneux.  C’était à cause d’eux si l’Europe ne parvenait pas à être compétitive et donc à s’imposer sur la scène économique mondiale. Il était donc normal ET moral de leur imposer une cure d’austérité et des réformes structurelles en contrepartie des prêts colossaux (mais rémunérateurs…) accordés. L’État et son impuissance à prélever l’impôt (là où il était…) allié à sa fâcheuse tendance à proposer trop de service à sa population était bien la cause de tous les maux. Le même discours nous était resservi au sujet du Portugal puis de l’Espagne… même en France, la chasse aux sorcières fonctionnaires reprenait de plus belle. Tous ces PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Spain) incapables de gérer correctement la boutique, obligés d’emprunter sans cesse pour renflouer les caisses de l’État étaient responsables de l’enfoncement de l’ancien continent.

Tailler dans le cochon
Il fallait dès lors «tailler dans le cochon» : dégraisser les services publics, amputer les services sociaux et surtout disséquer les prestations chômages qui génèrent des assistés en pagaille… Bref, décapiter l’État providence au profit du libéralisme entrepreneurial… Et il n’y avait pas d’alternative comme aurait dit la mère Thatcher…

Cinq ans après, les lignes bougent. D’abord sur le thème de la rigueur budgétaire, même Emanuel Le Chypre en convient : «on est allé trop loin dans l’austérité bête»… il paraitrait même que ça ralentirait la reprise ! Bravo Emmanuel, tu progresses… il était grand temps. Ensuite sur le terrain du financement des déficits publics, «Super Mario» brise enfin le verrou libéral en permettant à la BCE de racheter massivement les dettes contractés par les Etat membres, comme l’on fait les EU et l’Angleterre depuis 2008. Bien. Les Etats devraient y retrouver une petite marge de manœuvre budgétaire. (Précisons que les banques et autres organismes financiers profite déjà de cette manne depuis fin 2014, sans pour autant faciliter  l’accès au crédit aux entreprises ou aux particuliers). Parallèlement, l’Europe joue son «Juncker» sur la table de jeu de l’investissement public européen : plus de 300 milliards de garanties pour un «Fond européen pour les investissements stratégiques» destiné à collecter au total plus de 1300 milliards afin de financer un large plan de constructions/rénovations d’infrastructures publiques en Europe (autoroutes, TGV, rénovation urbaine, réseaux très haut débit…) L’Allemagne prête à sortir de sous son matelas de quoi rénover ses autoroutes ? Bigre, on se frotte les yeux.

Par ailleurs, Siriza est entrée dans la danse et a perturbé encore un peu plus la lecture politico-économique traditionnelle du bourbier actuel en démontrant par les faits le caractère mortifère des mesures imposées par la Troïka et en proposant des alternatives. A l’égal de celles accordées à l’Angleterre par les EU en 1945 ou celles consenties à l’Allemagne en 1953 lorsque la moitié de sa dette avait été purement et simplement annulée et le reste remboursé en fonction de ses indices de croissance. Siriza la rouge, ne demande in fine que des choses raisonnables… l’extrême gauche deviendrait-elle fréquentable ? Voir «bankable» ? Et si «Podemos» enfonçait le clou, c’est toute l’Europe du Sud qui démontrerait que d’autres voies sont possibles.

Une révolution : faire payer des impôts aux grand groupes !
Dans le même temps, on dirait bien qu’enfin les États osent prendre la mesure de l’ampleur croissante de l’évasion fiscale des grands groupes et des grandes fortunes (qui a doublé, en montant, depuis 2008). Cette hémorragie fiscale est directement responsable des déficits publics et de la pression croissante qu’ils engendrent sur les PME et les salariés qui restent seuls à financer le budget de l’Etat.  L’ensemble concourt à  la paupérisation des économies nationales comme le montre très bien le film-documentaire d’Harold Crooks, «le Prix à payer» (sorti en février 2015) Il s’attaque frontalement au problème : les mécanismes de prélèvement de l’impôt, en ne s’étant pas adapté à la mondialisation du système financier sont responsables de la crise des finances publiques ! Le Luxleak a quant à lui simplement sublimé la pratique : faire ça à deux pas de Bruxelles.  Et c’est  maintenant la Belgique elle-même qui est soupçonné des mêmes pratiques… Des mesures drastiques seraient en cours… on espère au moins que quelques milliards retrouveront le chemin qu’ils n’auraient jamais dû quitter, celui du budget des États qui finalement ne sont pas trop dépensiers comme les médias nous l’assènent mais tout simplement escroqués ! Et c’est toute la vision de la gestion publique qui s’en trouve profondément modifiée, réhabilitant le rôle de l’État collecteur et re-distributeur.

Obama à son tour, s’est saisi du dossier et propose de taxer les profits des grands groupes américains même s’ils n’ont pas été rapatriés sur le sol national. Un comble ! Le Sénat, républicain, en pleure de rire…

Mais celui qui n’avait pas du tout envie de rigoler, c’est le représentant de Google à l’occasion d’une séance du Congrès américain lorsque la présidente du comité des comptes publics lui posa froidement la question : «et aux Bermudes, on produit quoi ?»

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