S’acheter un scientifique

S’acheter un scientifique pour lui faire dire ce que l’on souhaite est aujourd’hui chose facile, comme en témoigne un article paru dans Le Monde qui raconte une expérience menée par Greenpeace…

« Nous avons voulu savoir si, en amont de la conférence de Paris sur le climat, certains chercheurs du monde académique accepteraient d’être rémunérés pour rédiger et signer des rapports susceptibles de servir les intérêts d’industriels des fossiles, explique Ben Stewart, directeur des médias à Greenpeace Royaume-Uni. Et ce, en acceptant de cacher leur financement  » … ils n’ont pas été déçus !

Tel William Happer, professeur émérite à l’université de Princeton (New Jersey), ancien haut responsable de la recherche au sein du ministère américain de l’énergie, qui accepte d’écrire un article sur les bénéfices du pétrole et du gaz, en précisant que ses honoraires se montent à 250  dollars l’heure… Au cours des échanges avec le faux commanditaire de Greenpeace, le scientifique révèle que le charbonnier américain Peabody a déjà payé pour l’une de ses auditions devant une instance réglementaire du Minnesota. Ce qui n’avait jamais été révélé jusqu’à présent.  Merci à lui pour sa franchise…

Plus tard, c’est Frank Clemente, professeur émérite à la Penn State University (Pennsylvanie), qui est également tombé dans le piège. Lui aussi accepte la transaction et de cacher ses sources de financement… comme l’article du Monde le révèle.  Plus loin : « Ses honoraires ? En général 275 dollars l’heure, 15 000  dollars pour un article de 8 à 10  pages et 6 000  dollars pour une tribune publiée dans la presse. Pour montrer l’efficacité de son travail, le professeur cite l’une de ses tribunes en défense du charbon, publiée en mars par une cinquantaine de  titres de la presse américaine. Il joint aussi à son message son témoignage d’expert devant une instance réglementaire du Tennessee devant statuer sur la fermeture d’une centrale à charbon… « Dans aucune de ces situations le sponsor n’a été identifié, écrit-il. Je publie tous mes travaux comme « scientifique indépendant ».

Ce n’est pas fini : « Les prix peuvent grimper. Le rapport « La valeur mondiale du charbon » a coûté 50 000  dollars pour huit semaines de travail  » ajoute M.  Clemente dans un de ses messages. Ce rapport mentionnait bien le soutien financier du charbonnier Peabody, mais pas son montant. Sollicité par Le Monde, le sociologue assure qu’il n’était plus rémunéré par son université lorsqu’il a conduit ces différents travaux de consultance et qu’il ne renie rien de ce qu’il a écrit. « C’est la liberté académique « explique-t-il. »

Sur la Gazette de la COP, le directeur de Greenpeace au Royaume-Uni, John Sauven, n’hésite pas à  déclarer : « Cette enquête lève le voile sur un réseau d’universitaires disposés à vendre leurs services qui permettent aux entreprises des énergies fossiles d’influencer secrètement le débat climatique sans laisser aucune trace. »

On peut dire qu’on est impressionné par la force morale des ces gars-là… et par la rigueur scientifique que leurs années d’études leur ont conférée… Merci à eux pour leur contribution à la cause du réchauffement climatique. Leurs étudiants pourront être fiers d’avoir eu d’aussi émérites professeurs… dans quelques dizaines d’années !

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