Le bourbier syrien

Le 13 novembre dernier, six attaques simultanées ont frappé Paris et Saint-Denis. Ces tueries revendiquées par l’État Islamique (DAECH) ont fait 132 morts et 350 blessés. C’est sous prétexte de se venger des frappes françaises que l’Etat islamiste a semé la terreur. Quelques éléments d’analyse du conflit syrien.

En 2010, à la suite de la crise des « subprimes », les grandes banques – comme J P Morgan – voyant leurs produits financiers devenir ingérables, décident de se refaire dans l’économie réelle sur le marché des matières premières et des produits alimentaires. Ce mécanisme spéculatif provoque alors une hausse des prix et les émeutes de la faim qui conduisent à ce qu’on a appelé « les printemps arabes ». En Tunisie d’abord puis en Égypte, un vent de révolte s’installe et se propage dans plusieurs pays : Bahreïn, Yémen, Jordanie, Syrie. Cette explosion sociale naît de l’accumulation de problèmes, de frustrations mais aussi d’aspirations communes à l’ensemble de la région.… Les manifestants réclament plus de libertés, la fin des régimes autoritaires et dictatoriaux et de meilleures conditions de vie.

La Syrie

En Syrie tout a commencé à Deraa, avec l’arrestation de quelques enfants d’une dizaine d’années qui avaient inscrit des slogans hostiles au gouvernement sur les murs de la ville. Les mères, venues réclamer leur libération, se sont affrontées avec la police, certaines ont été arrêtées et brutalisées. Cette étincelle met le feu aux poudres, et de graves troubles touchent plusieurs agglomérations du pays faisant des dizaines de morts.  Cette première opposition, spontanée et non organisée, est divisée. Elle est très vite infiltrée et instrumentalisée par des groupes islamistes comme Al-Nosrat, branche syrienne de Al Quaida. Les Etats-Unis cherchent alors, afin de provoquer la chute et le départ de Bachar-el-Assad, à y exacerber les tensions confessionnelles afin de couper les dirigeants syriens de leur base sociale. Dans une Syrie laïque composée à 70% de sunnites, cette stratégie, soutenue par une partie de l’opposition syrienne, consiste à présenter le gouvernement comme un régime exclusivement alaouite. Ces « rebelles » sont, maintenant, armés par les pays voisins, comme la Turquie et l’Arabie Saoudite, mais aussi par les Etats-Unis. Car pour la Coalition emmenée par les Etats-Unis, l’homme à abattre, c’est Bachar-el-Assad, l’ennemi d’Israël et l’allié historique de la Russie qui y dispose à Tartous, de son unique base navale stratégique en Méditerranée.

Le rôle des Etats-Unis

Vis à vis du terrorisme, les Etats-Unis jouent un double jeu dangereux. D’un côté, ils le combattent, d’un autre, ils l’instrumentalisent. Une stratégie utilisée depuis la guerre en Afghanistan pendant laquelle ils ont armé les talibans contre les Soviétiques.  Ainsi, comment expliquer que la colonne de DAESH qui allait prendre Palmyre ait pu parcourir 200 km en plein désert sans intervention de l’aviation étatsunienne ? Comment expliquer que les États-Unis laissent la Turquie servir de base arrière aux terroristes et tolèrent qu’elle bombarde les Kurdes, un des rares peuples de la région à combattre les terroristes  ? Comment expliquer que les Etats-Unis arment des milices islamistes en Syrie, que les Russes ont eu le mauvais goût de bombarder ? Laurent Fabius, supplétif des Etats-Unis, ne défendait-il pas, il y a deux ans, ces braves petits gars d’Al Nosrat, qui font, disait-il, « du bon boulot ».  Al Nosrat fait évidemment du bon boulot pour Israël puisqu’elle combat l’armée syrienne à proximité du plateau du Golan et qu’en échange, Israël soigne ses blessés dans les hôpitaux israéliens. Les États-Unis voulaient établir une zone de sécurité aérienne afin de neutraliser l’aviation syrienne et pouvoir ainsi renverser Bachar El Assad comme les Occidentaux l’avaient fait, en 2011 en Libye pour renverser Kadhafi qui avait eu la drôle d’idée de vouloir créer une monnaie basée sur l’or, et de remplacer le dollar dans le marché du pétrole.

Le rôle de la Russie

A la demande de Damas, et après un vote du parlement russe, l’aviation russe intervient en coopération avec l’armée syrienne fidèle à Bachar-el -Assad. L’aviation syrienne ne pouvait intervenir à proximité de la frontière turque au risque d’un conflit ouvert avec l’aviation turque. L’aviation russe, par contre, vole à 5000 mètres et envoie des bombes téléguidées. Ce soutien aérien russe permet à l’armée syrienne de reprendre l’offensive terrestre contre les islamistes de toute obédience, comme ces derniers jours dans la région d’Alep. La position occidentale apparaît affaiblie compte tenu de son ambiguïté dans le conflit : ne pas lutter réellement contre les islamistes par crainte que ne se renforce la position de Bachar- el -Assad. Celle des Russes apparaît plus solide, en effet, elle se fait en accord avec le gouvernement officiel syrien et cible clairement les terroristes islamistes que l’opinion publique internationale condamne unanimement pour leurs attaques monstrueuses contre les populations civiles.

O.N.U

Alors que les États-Unis et la France voudraient éliminer Bachar -el -Assad du processus, ce qui est profondément irréaliste, le conseil de sécurité de l’ONU du 17 août 2015 – dont la France est l’un des cinq membres permanents-, a affirmé, à l’unanimité, « que la seule solution durable à la crise actuelle en Syrie est un processus politique sans exclusive qui soit dirigé par les Syriens et qui réponde concrètement aux aspirations légitimes du peuple syrien en vue d’obtenir l’application intégrale des dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012». Ces dispositions devraient permettre « l’établissement d’un organe gouvernemental de transition », «la participation de tous les groupes […] à un dialogue national « significatif » et « des élections multipartites libres et équitables ».

La Turquie et la France

La Turquie – qui achète le pétrole de Daesh – alimente le commerce des armes, préfère bombarder le peuple kurde, son ennemi héréditaire, plutôt que les terroristes de l’Etat Islamique, et ferme les yeux sur le flot de djihadistes européens et asiatiques qui traversent sans difficulté la frontière turco-syrienne…. En France, Hollande, chef de l’État a pris unilatéralement, sans vote du parlement et sans aucun mandat de l’ONU la décision de vols de reconnaissance le 7 septembre dernier, vite suivis de frappes aériennes. Mais cette position – qui conditionne toute négociation au départ préalable de Bachar-el-Assad – est irréaliste. Elle déroge aux principes élémentaires de l’action diplomatique. C’est en effet au peuple syrien souverain de mener la lutte politique interne pour se débarrasser de son dictateur.

Que faut-il faire ?

Dans cette configuration, rien n’est simple. Mais l’ennemi prioritaire doit être DAESH. La France doit soutenir le processus de paix et des négociations sans exclusive. Une coalition internationale, sous mandat de l’ONU, composée de tous les acteurs y compris Bachar-el-Assad, doit se mettre en place et se coordonner pour anéantir DAESH. Tous les pays étrangers doivent cesser leur ingérence en Syrie qu’elle soit militaire, économique, politique. Aucune intervention ne doit se faire sans l’accord explicite du gouvernement syrien. Le peuple syrien dans sa diversité doit pouvoir s’exprimer démocratiquement et la France, pays des droits de l’Homme, s’honorerait à peser de tout son poids pour cette solution. Ainsi l’apaisement progressif de ce conflit contribuerait à réduire le flot des réfugiés syriens et les départs de jeunes Français pour la Syrie dont ils reviennent totalement fanatisés et parfois prêts à des comportements d’une extrême violence aux effets désastreux comme nous l’avons vu ces jours derniers à Paris.

La solution ne peut pas se réduire à une « union nationale » sans contenu. Elle doit être politique, géostratégique, et affronter en même temps les causes structurelles de cette violence aveugle et insensée : le capitalisme sans règles, le communautarisme civilisationnel et l’intégrisme religieux.

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