Quelques éléments de l’histoire du féminisme en France

La longue lutte pour l’égalité des femmes a été vécue différemment dans la classe ouvrière et dans la classe bourgeoise, à la ville et à la campagne. Mais dès la Révolution de 1789, les revendications féminines et les luttes féministes ont été liées plus étroitement que dans d’autres pays aux revendications populaires et aux luttes révolutionnaires.

La Révolution de 1789 proclame les droits de l’Homme et du Citoyen mais se refuse à suivre Condorcet qui demande les droits politiques pour les femmes. « Les hommes n’ont-ils pas violé le principe de l’égalité des droits en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois, en privant les femmes du droit de cité ? » demandait-il. « L’argument qui consiste à dire qu’ouvrir aux femmes la carrière politique, c’est les arracher à la famille, n’a qu’une apparence de solidité… S’il était décisif, il faudrait au même titre leur interdire tous les états manuels et tous les états de commerce, car ces états les arrachent par milliers aux devoirs de la famille ». Condorcet pointe déjà la contradiction : à partir de leur rôle dans la production, les ouvrières et toutes les autres travailleuses feront éclater l’hypocrisie de la morale bourgeoise et la contradiction entre la théorie de la femme au foyer et l’appel massif à la main-d’œuvre féminine au cours de la révolution industrielle.

Olympe de Gouges, qui publie en 1791 une Déclaration des Droits de la Femme réclame pour les femmes « l’admission à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités » mais en dépit de leur place éminente au cours des principales journées d’insurrection, elles resteront des citoyennes mineures.

Bonaparte déteste les femmes qui se mêlent de politique et les « femmes savantes ». Le code Napoléon les exclut totalement des droits politiques et d’un grand nombre de fonctions et enferme la femme bourgeoise dans sa famille, soumise totalement au mari. L’ouvrière sera au contraire arrachée de plus en plus à son foyer, au travail industriel à domicile et jetée dans l’enfer de la manufacture, puis de l’usine.

C’est ainsi que le mouvement féminin pour les droits civiques a pris très tôt un caractère de lutte sociale. Les socialistes utopiques, Saint Simon, Fourrier surtout, lient l’émancipation du prolétariat et l’émancipation des femmes dans leurs théories généreuses. Flora Tristan, George Sand ou  Louise Michel la communarde ne sont pas des ouvrières mais des femmes instruites et économiquement indépendantes. Elles sont une poignée par rapport à la grande masse des millions de paysannes, de femmes au foyer dans les couches aisées de la société, d’ouvrières et de servantes. Les célèbres enquêtes de Villermé (1834-1837) révèlent l’effroyable exploitation de ces ouvrières. En 1848, ce sont des ouvrières parisiennes relativement privilégiées qui participent à la révolution. Les clubs féminins réclament le droit de vote mais seul le député fourriériste Victor Considérant dépose une proposition de loi en ce sens et elle n’est même pas discutée. Sous le Second Empire, en 1866, on dénombre 675 000 ouvrières travaillant dans les usines et 3 600 dans les mines et les carrières. Un million et demi travaillent encore à domicile et plus d’un million sont domestiques. Les idées du socialisme scientifique pénètrent en France grâce à l’Internationale des Travailleurs fondée par Marx et Clara Zetkin propose au Congrès de l’Internationale que le 8 mars, référence à la grande grève des ouvrières américaines de 1857, devienne dans le monde entier « Journée Internationale des Femmes ».

Les parisiennes participent très nombreuses à la Commune de Paris, saluées par Jules Vallès : « Des femmes partout ; grand signe ! Quand les femmes s’en mêlent… ». Elles seront massacrées comme les hommes par les Versaillais, prisonnières et déportées avec eux. La plupart des féministes de la bourgeoisie sont absentes de ce grand combat et George Sand sera du côté des bourgeois de M. Thiers.

Tout en appelant par centaines de milliers les femmes dans les usines, ou avec plus d’un million de servantes, la bourgeoisie de la IIIe République continue de dire « que la place de la femme est seulement au foyer ». Certes, on crée des écoles publiques de filles et en 1880 les premiers lycées de filles mais il faudra encore attendre pour l’Université : Marie Curie sera une des premières étudiantes inscrites à la Faculté des Sciences en 1891.C’est une marche très lente, à contre-courant de l’Eglise catholique et de la grande bourgeoisie qui défendent les idées traditionnelles sur le rôle exclusivement familial des femmes, et de la religion, indispensable pour maintenir les filles soumises et obéissantes.

La gauche petite bourgeoise est radicale, anticléricale et Combes fait voter la séparation des Eglises et de l’Etat mais l’emprise du clergé reste dominante sur les femmes de la classe moyenne. Bien des paysans font comme les bourgeois, envoyant leurs filles à l’église même s’ils n’y vont guère eux-mêmes alors que les femmes de la classe ouvrière sont presque totalement déchristianisées.

La presse féminine entretien l’image traditionnelle de la femme vouée à l’amour, aux enfants et à la maison mais des journaux féministes sont créés : on en compte vingt et un en 1901. En 1907, une loi garantit à la femme mariée la libre disposition de son salaire mais c’est toujours le Code Napoléon qui régit le droit civil : la femme mariée y est toujours considérée comme une mineure entièrement sous tutelle.

En 1912, Jaurès demande à l’assemblée l’ouverture d’un débat sur le vote des femmes mais il est assassiné et c’est la guerre… Les femmes remplacent partout les hommes mobilisés pendant plus de quatre ans et la question rebondit après guerre où une majorité de députés se prononce en 1919 en faveur du droit de vote des femmes mais il est repoussé au Sénat, après de multiples navettes, en 1922, puis à nouveau en 1929, en 1932, et encore en 1935 !

Les « années folles » voient les femmes, de la bourgeoisie essentiellement, s’émanciper : la « garçonne » est active et autonome, sort, danse, fume, fait du sport, conduit une automobile, voyage, et affiche des mœurs libérées. Mais en 1920, la « chambre bleu-horizon » vote une loi réprimant très sévèrement l’avortement et interdisant toute propagande sur la contraception. Le travail des femmes est rémunéré entre 30 et 40 % moins que les hommes.

En 1936, les femmes occupent aussi les usines et les conquêtes sociales leur sont particulièrement bénéfiques, notamment le relèvement spectaculaire des salaires et surtout les plus bas, les leurs. Irène Joliot-Curie et deux autres femmes entrent au gouvernement mais elles ne votent toujours pas quand éclate la seconde Guerre Mondiale. Le gouvernement de Vichy va même limiter leurs droits au travail et revivifier les vieux thèmes bourgeois sur le « rôle éternel de la femme » mais dans la Résistance, elles jouent un rôle important et, à la Libération, le droit de voter et d’être élues leur est enfin reconnu: la Constitution de 1946 proclame solennellement que «  la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ».

Une page de « l’âge des droits » est tournée mais il faut attendre 1965 pour que les femmes obtiennent le droit d’ouvrir un compte en banque et exercer une activité professionnelle sans l’autorisation du mari. La question de la liberté sexuelle, de la maternité et de l’avortement est posée avec Simone de Beauvoir et « le 2ème sexe » publié en 1949 : c’est la création du Planning Familial en 1956, celle du Mouvement de Libération de la Femme à la fin des années 60, le manifeste des « 343 salopes » en 1971 et le procès de Bobigny en 1972. La loi Neuwirth légalise la contraception en 1967 et la loi Veil l’Interruption Volontaire de Grossesse en 1975.

Reste à préserver ces conquêtes et à éradiquer les comportements sexistes, les discriminations au travail et les violences faites aux femmes.

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