Un mur gratuit entre les Etats-Unis et le Mexique

C’est l’une des promesses de campagne de Donald Trump, qui ne sera vraisemblablement pas tenue – mais le discours xénophobe ne s’embarrasse pas de véracité.

Rhétorique du mensonge
Trump base son discours sur l’immigration mexicaine sur un procédé simple : le mensonge.
Les onze millions de travailleurs latino-américains illégaux coûtent 113 milliards de dollars aux contribuables américains et en plus ils ont la sécurité sociale. Mensonge emprunté à un site d’extrême-droite. Les illégaux ne touchent rien.
Hillary Clinton voulait faire entrer 600 000 migrants de plus. Non, 60 000, et il s’agissait de réfugiés syriens et non de Mexicains.
Un mur de 3200 kilomètres séparera bientôt les deux états. Impossible à cause des obstacles naturels (déserts, chaînes de montagne) qui constituent au demeurant une entrave bien plus efficace qu’une palissade.
Les Latino-Américains prennent le travail de la « communauté noire » et des autres américains. Imposture : ils occupent des emplois non pourvus dans l’agriculture et les services, et ne sont en concurrence avec les Américains que dans des cas marginaux.
– Ce sont les Mexicains qui paieront le mur. Faux : Peña Nieto (président mexicain), pourtant pas très courageux face à Trump, a très clairement exprimé son refus. Don a alors dit qu’il ferait payer quand même en gelant les « remesas », ces mandats que les travailleurs mexicains envoient au pays, mais il n’a en fait pas la capacité de le faire. À noter : les Mexicains ont même détruit les portions du mur que les Américains avaient construites sur le territoire du Mexique.
Le mur arrêtera l’immigration clandestine. Mensonge partiel : les illégaux sont toujours passés en dessous et au-dessus des murs déjà existants, ou par l’un des deux océans, ou officiellement, avec un visa temporaire. À noter que depuis l’existence de 1050 kilomètres de murs, un effet bien réel de cette construction a toutefois été un accroissement exponentiel du nombre de morts parmi les candidats à l’immigration (quelques 10 000 depuis 1994, abattus par la police, ou morts dans le désert du Sonora…)
– Le mur arrêtera le trafic de drogue. Les cartels pouffent de rire : aucun mur ne les empêchera d’utiliser des tunnels (le plus puissant des « capos » du narcotrafic, El Chapo Guzman, était surnommé « le roi des tunnels » avant son arrestation), les catapultes et autres canons, les avions, la voie maritime.

Les « deux minutes de la haine »
L’efficacité du discours de Trump vient de la crédulité volontaire de son auditoire, dont les ovations sont proportionnelles à la magnitude du mensonge émis. Les Etats-Uniens xénophobes ne veulent pas savoir la vérité sur l’immigration, pas plus que les Européens xénophobes (avec leurs extrêmes-droites radieuses, et leur brutal refus des étrangers) ne veulent entendre que les réfugiés ne sont pas des hordes. Ils veulent en fait détester et avoir un ennemi commun, en une malsaine catharsis, comme dans le roman 1984 de George Orwell, où le peuple doit se rassembler quotidiennement pour célébrer les « deux minutes de la haine » pendant lesquelles il s’emploie à détester hystériquement Goldstein, incarnation (inventée de toute pièce) de l’ennemi de la patrie.

Mensonge des mensonges
La plus grande mystification de Trump concerne la « déportation » des illégaux. Le candidat annonce l’expulsion pure et simple des onze millions de clandestins en moins de deux ans hop hop hop. Toutes les études sérieuse signalent pourtant qu’il faudrait environ cinq ans pour mener à bien ce plan idiot, que cela coûterait quelques cinq milliards de dollars (rechercher-arrêter-juger-expulser les « chicanos » illégaux). Les secteurs de l’agriculture, des services et de l’immobilier, sombreraient dans une crise profonde et durable, dont la perspective inquiète sérieusement une partie du patronat.

ALENA
Le nouveau président a annoncé la reconstruction d’un autre mur, économique celui-ci : les Etats-Unis quitteraient l’ALENA, le marché commun réunissant Canada, Mexique et Etats-Unis. Mais ce n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle, un peu comme la fin annoncée du TAFTA (marché libre-échangiste Europe-Amérique) : l’ALENA, voulue par les Etats-Unis, favorise la libre circulation des biens et des produits, mais pas des personnes, et si ce marché a eu un effet positif sur les exportations mexicaines, il a aussi ruiné l’agriculture nationale (à cause des produits états-uniens subventionnés vendus au Mexique), et renforcé la mainmise économique américaine au Mexique.

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